La littérature kirghize

Tradition orale et épopée de Manas

La littérature kirghize est née de la voix avant de passer à l'écrit. Pendant des siècles, les récits, les généalogies et les poèmes se sont transmis oralement, portés par des conteurs professionnels au sein d'une société d'éleveurs nomades. Ce socle oral reste la référence culturelle majeure du pays.

L'épopée de Manas domine cet ensemble. Elle raconte le destin du héros Manas, puis celui de son fils Semetey et de son petit-fils Seytek, et forme une trilogie que des récitants appelés manaschi transmettent de mémoire. Les versions notées auprès de Sagymbay Orozbakov et de Sayakbay Karalaev comptent parmi les plus complètes, et l'ensemble atteint plusieurs centaines de milliers de vers, ce qui en fait l'un des plus longs poèmes épiques connus. Le pays a célébré le millénaire supposé de l'épopée en 1995 et la trilogie figure sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.

Petites épopées et poésie des akyns

À côté de Manas circulent des récits plus courts, souvent désignés comme petites épopées, parmi lesquels Er Töshtük, Kurmanbek ou Kojojash. Ils mêlent aventure héroïque, motifs chamaniques et morale collective. Les akyns, poètes improvisateurs, complètent ce répertoire par des chants composés sur le moment et par des joutes oratoires. Toktogul Satylganov reste la figure la plus connue de cette lignée et son nom a été donné à de nombreux lieux publics.

Passage à l'écrit

La littérature écrite en kirghize se constitue au cours des années 1920 et 1930, avec la fixation d'une langue littéraire et l'adoption successive de l'alphabet arabe modifié, de l'alphabet latin puis du cyrillique. Des auteurs comme Kasym Tynystanov et Aaly Tokombaev accompagnent ce mouvement. Le poète Alykul Osmonov, mort en 1950 à trente-cinq ans, laisse une oeuvre lyrique que les lecteurs kirghizes citent encore.

Tchinguiz Aïtmatov

Né en 1928 et mort en 2008, Tchinguiz Aïtmatov est l'écrivain kirghize le plus traduit. Il publie d'abord en kirghize, puis principalement en russe. Djamilia, paru en 1958, lui vaut une réputation internationale, relayée en France par Louis Aragon. Suivent notamment Adieu Goulsary, Le Bateau blanc et Une journée plus longue qu'un siècle. Aïtmatov a également exercé des fonctions diplomatiques pour l'Union soviétique puis pour le Kirghizistan auprès de l'Union européenne, de l'OTAN et de l'UNESCO.

Édition contemporaine

Le marché du livre reste modeste, partagé entre les publications en kirghize et en russe. Les traductions françaises d'auteurs kirghizes se limitent pour l'essentiel à Aïtmatov et à des anthologies de l'épopée. Le lecteur francophone qui prépare un séjour trouve dans ces textes une entrée directe dans les représentations que le pays se donne de lui-même.