La musique kirghize

Komuz et cordes pincées

Le komuz occupe la première place dans la musique kirghize. Ce luth à manche long, dépourvu de frettes et monté de trois cordes, se joue en solo comme en accompagnement du chant. Son répertoire instrumental associe des pièces descriptives et des morceaux de virtuosité où l'interprète déplace ses mains le long du manche sans interrompre la mélodie. L'instrument figure sur les billets de banque et dans presque toutes les manifestations officielles.

Archet et souffle

Le kyl-kyiak complète le komuz. Il s'agit d'une vièle à deux cordes en crin de cheval, tenue verticalement sur le genou, dont la sonorité voilée sert souvent à évoquer la steppe et les animaux. Le temir komuz, guimbarde de métal jouée contre les dents, reste un instrument populaire et facile à transporter. Les flûtes de berger, le choor et le sybyzgy, ainsi que des tambours et des sifflets en argile, complètent l'instrumentarium traditionnel.

Voix des akyns

Le chant improvisé constitue l'autre versant de cette musique. Les akyns composent devant le public, en s'accompagnant au komuz, et s'affrontent dans des joutes poétiques appelées aitysh où chacun répond à l'autre en vers. Cette pratique, partagée avec le Kazakhstan, est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Elle continue d'être diffusée à la télévision nationale et lors des grandes fêtes.

Récitation épique

Les manaschi forment une catégorie à part. Ils déclament l'épopée de Manas sur une mélodie récitative, sans instrument, dans un débit rapide et avec une gestuelle codifiée. La transmission se fait de maître à élève, et certains récitants expliquent leur vocation par un rêve initiatique. Des concours nationaux distinguent aujourd'hui les meilleurs interprètes.

Héritage soviétique et scène actuelle

La période soviétique a doté le pays d'un opéra, d'un conservatoire et d'orchestres d'instruments traditionnels harmonisés à l'occidentale. Ces institutions fonctionnent toujours à Bichkek et forment la plupart des musiciens professionnels. La scène contemporaine mêle variété en kirghize et en russe, rock, rap et projets qui réintroduisent le komuz dans des arrangements électroniques. Plusieurs ensembles de musique nomade se produisent régulièrement en Europe et dans les festivals de musiques du monde.

Écoute sur place

Le voyageur entend cette musique dans les théâtres de Bichkek, dans les campements de yourtes ouverts aux visiteurs et lors des fêtes de village. Les enregistrements anciens réalisés par les folkloristes soviétiques restent la meilleure porte d'entrée pour qui souhaite comparer les styles régionaux.